Le danger des déchets électroniques

Les Ateliers Cyberfreacks

Dans un coin perdu de la Bretagne une joyeuse bande se retrouve tous les mercredis soir au sein de l'association C2iC. Le Club Informatique Inter Communes (www.c2ic.net) est une association qui se propose de mettre en commun leurs compétences en informatique afin de les partager aux autres.

Ils ont aussi décidés depuis 5 ans de récupérer le matériel informatique usagé afin de lui redonner une seconde vie. 

Nous sommes là devant un projet porté par une petite association mais il existe d'autres structures du même genre qui, à un échelon plus important font ce genre démarche. Vous pouvez retrouver une partie de ces structures sur Don d'ordi, l'annuaire des organismes récupérant les ordinateurs inutilisés (http://don.ordi.free.fr/). Ce site propose une liste la plus complète possible des associations qui collectent et redistribuent des machines, ainsi que quelques entreprises pour recycler les ordinateurs hors d'usage.

Vous trouverez aussi sur le site de l'AVISE (http://www.avise.org/spip.php?article462) un annuaire 2007 des acteurs de l'économie solidaire qui recence les structures en mesure de faire de la récupération de DEEE par région.

Les dangers de l'informatique

Nous n'en avons pas spécialement conscience quandon utilise son ordinateur mais comme tout produit de "consommation" celui a eu un process de fabrication, il fonctionnera pendant un certain temps puis il nous faudra s'en séparer ... Faisons un peu le tour de la problématique que pose ce nouveau déchet :

D'un point de vue environnemental

Pour construire un seul ordinateur (PC standard de 24kg), il faut 240 kg de combustible, 22 kg de produits chimiques, 1,5 tonne d’eau. Dans des proportions encore plus minimes : une barrette mémoire de 32Mbits, pesant 2 grammes. Il faut utiliser 1,7 kilo d’énergie fossile, 1 m3 d’azote, 72 grammes de produits chimiques et 32 litres d’eau.
Une fois construit, un ordinateur contient du plomb, du cyanure, et d’autres substances nocives à l’environnement. Les écrans, notamment, contiennent de nombreuses substances : du plomb et des métaux lourds, comme le baryum, le strontium et parfois du zirconium.

Ces substances chimiques dangereuses génèrent une forte pollution et des risques sanitaires pour les travailleurs qui les produisent ou les éliminent. L'exposition au plomb et au mercure des enfants et des femmes enceintes est particulièrement préoccupante. Même à faible niveau d'exposition ces métaux sont extrêmement toxiques et peuvent porter atteinte aux enfants et aux fœtus .

  • Certains retardateurs de flamme bromés utilisés dans des circuits imprimés et des boîtiers en plastique ne se dégradent pas facilement et s'accumulent dans l'environnement. Une exposition à long-terme peut provoquer des déficiences d'apprentissage et de mémorisation. Ils peuvent aussi interférer avec les systèmes hormonaux et la thyroïde, et une exposition dans l'utérus a été mise en relation avec des problèmes comportementaux.
  • Pas moins de 1 000 tonnes d'un retardateur de flamme bromé, appelé TBBPA, ont été utilisées pour fabriquer 674 millions de téléphones portables en 2004. Un lien a été établi entre cette substance chimique et la neurotoxicité. (Le calcul de Greenpeace est basé sur un téléphone portable standard d'un poids de 75 g et contenant 2% de TBBPA).
  • En 2002, la vente mondiale de tubes cathodiques (TRC) des écrans a généré environ 10 000 tonnes de plomb. L'exposition au plomb peut entraîner des déficiences intellectuelles chez les enfants et endommager les systèmes nerveux, sanguin et reproducteur des adultes. (Le calcul de Greenpeace est basé sur un écran CRT d'un poids moyen de 15 kg avec un pourcentage moyen de plomb de 4% dont 17,8 millions d'unités ont été vendues dans le monde en 2002).
  • Le cadmium, utilisé dans les batteries d'ordinateur rechargeables, les contacts et les sélecteurs ainsi que dans les anciens CRT, est fortement toxique et affecte en priorité les reins et les os et peut se bioaccumuler dans l'environnement.
  • Le mercure, utilisé dans les dispositifs d'éclairage des écrans plats peut endommager le cerveau et le système nerveux central, de l'enfant en développement .
  • Les composés du chrome hexavalent utilisés dans la production de boîtiers en métal sont extrêmement toxiques et cancérigènes pour les humains.
  • Le chlorure de polyvinyle (PVC) est un plastique chloré utilisé dans certains produits électroniques et pour l'isolation des fils et des câbles (OCDE 2003). Des dioxines et des furanes sont libérés lors de la production du PVC ou de sa destruction par incinération. Ces produits chimiques sont extrêmement persistants dans l'environnement et nombre d'entre eux sont toxiques, même à très faibles taux de concentration.

"Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). 2005. E-waste, the hidden side of IT equipment's manufacturing and use. Early warning on Emerging Environmental Threats, No. 5."

Dès leur production les ordinateurs sont en réalité des petites bombes écologiques : plusieurs études tendent déjà à prouver que le travail dans le secteur du semi-conducteur n'est pas sans danger. Les statistiques du ministère du Travail américain révèlent que les salariés y souffrent trois fois plus de maladies professionnelles que leurs homologues des autres industries. Ce chiffre a de quoi surprendre. Pas de fumées nocives (le secteur du semi-conducteur arrive en 50e position pour les émissions aériennes de substances toxiques), pas de catastrophe majeure : le secteur de la high-tech a longtemps été épargné par les critiques des écologistes. Pourtant, ces derniers semblent désormais résolus à donner l'alerte. « Ce que l'on considérait auparavant comme une industrie "propre" est en réalité l'une des plus grandes consommatrices de produits chimiques, à un niveau jamais atteint par le passé », accuse Joseph LaDou, praticien dans la Silicon Valley durant vingt-cinq ans et directeur du Centre international de la médecine du travail à l'université de Californie

Exemple révélateur, la Silicon Valley est l'un des endroits les plus pollués des Etats-Unis. La région comprend plus d'emplacements contaminés nécessitant une action urgente (29 sites dont 18 sont directement liés à la high-tech) et de nappes phréatiques polluées (150) que toute autre dans le pays. Quant aux entreprises responsables, il ne s'agit pas, loin s'en faut, de petits sous-traitants, aux usines vétustes. Sur la carte des grands pollueurs, on retrouve ainsi les plus grands noms, d'Intel à Hewlett-Packard, en passant par AMD.

Les équipementiers et fondeurs du secteur informatique ont recours à une soixantaine de substances nocives (solvants, acides, produits caustiques et gaz) pour la fabrication ou pour le nettoyage des pièces. La plupart des nappes phréatiques polluées de la Silicon Valley l'ont été par le trichloréthylène, un solvant dont l'absorption est réputée cancérigène. Cette pollution se retrouve dans des régions où ces entreprises ont, depuis, migré, comme le Nouveau Mexique ou le Texas.

Mais que deviennent ces déchets électroniques ?

14 kilos : c'est la quantité de déchets informatiques produit par un citoyen européen en un an. Actuellement (l'étude date de 2002) , 90% du matériel électronique et des substances que contiennent ces déchets sont enfouis en décharge ou incinérés sans aucun retraitement préalable.


De plus un grand nombre d'appareils électroniques usagés prennent la poussière dans des centres de stockage en attendant d’être réutilisés, recyclés ou détruits. L'agence américaine de protection de l'environnement (Environmental Protection Agency, EPA) estime que les trois quarts des ordinateurs vendus aux Etats-Unis sont empilés dans des garages et des débarras. Quand ils sont jetés, ils finissent dans des décharges ou des incinérateurs ou, plus récemment, sont exportés vers l'Asie. 
 

Mise en décharge :Les substances chimiques toxiques des produits électroniques peuvent à la longue s'infiltrer dans le sol ou être rejetés dans l'atmosphère, ce qui représente un danger pour les communautés riveraines et l'environnement. De nombreux pays européens ont donc légiféré pour empêcher l'enfouissement des déchets électroniques. Malheureusement, c'est encore une pratique courante dans de nombreux pays. A Hong Kong, par exemple, on estime que 10% à 20% des ordinateurs obsolètes finissent dans des décharges .

Incinération : Incinérer des produits électroniques libère des métaux lourds, tels que le plomb, le cadmium et le mercure . Le mercure dégagé dans l'atmosphère s'accumule dans la chaîne alimentaire, notamment dans le poisson - qui constitue le vecteur principal de risque pour le grand public . Quant au PVC, son incinération provoque des rejets de dioxines et de furanes.

Exportation : Les e-déchets sont généralement exportés par des pays développés vers des pays en développement, fréquemment en violation de la Convention de Bâle. L'inspection de 18 ports maritimes européens en 2005 a montré que 47% des déchets exportés, e-déchets compris, sont illégaux . Rien qu'au Royaume-Uni, en 2003, 23 000 tonnes de déchets électroniques clandestins ou provenant du marché noir ont été expédiées illégalement vers l'Extrême-Orient, l'Inde, l'Afrique et la Chine . On estime qu'aux USA, 50% à 80% des déchets collectés pour être recyclés sont exportés . Cette pratique est légale car les USA n'ont pas ratifié la Convention de Bâle.


La Chine continentale a essayé d'empêcher ce commerce en interdisant l'importation d'e-déchets en 2000. Greenpeace a cependant découvert que les lois chinoises ne sont pas respectées.


Greenpeace a également révélé qu'en Inde, le commerce d'e-déchets se développe fortement. Rien qu'à Delhi, 25 000 travailleurs sont employés dans des chantiers de récupération de ferraille où 10 à 20 000 tonnes d'e-déchets, dont 25% d'ordinateurs, sont traitées chaque année .


Du côté de la loi

L'Union Européenne a reconnu que les e-déchets posaient des problèmes, qu'ils soient brûlés, mis en décharge ou recyclés. En 2002, elle a adopté deux directives pour essayer de maîtriser les déchets électroniques, la Directive RoHS et la Directive DEEE.

1. La directive RoHS : Restriction sur l'usage de certaines substances dangereuses (Restriction of the use of certain hazardous substances in electrical and electronic equipment RoHS)

Elle exige des fabricants d'électronique qu'ils arrêtent d'utiliser des substances chimiques toxiques et des métaux lourds dans leurs produits. Elle interdit l'usage de cadmium, de mercure, de plomb, de chrome hexavalent et de deux types de retardateurs de flamme bromés (PBDE et PBB) dans les produits commercialisés à partir de juillet 2006, avec des exceptions spécifiques . Ceci concernera tous les produits électroniques importés sur le marché européen.

2. La directive DEEE :

La Directive sur les déchets des équipements électriques et électroniques (DEEE), adoptée en novembre 2002 et transposée par tous les Etats Membres en août 2005, rend les producteurs responsables de la collecte de leurs e-déchets lorsque les produits sont mis au rebut.

En France depuis le 15 novembre 2006, les DEEE ou D3E (Déchets d'équipements électriques et électroniques) ne doivent plus être évacués avec les ordures ménagères, mais être collectés spécifiquement et repris par une filière chargée soit de les réemployer, soit de les recycler sans pollution.

Quelles solutions alors ?

Tirant profit de la vente des produits, les fabricants d'électronique devraient en assumer la responsabilité, depuis la production jusqu'à l'élimination. Pour empêcher une crise des e-déchets, les fabricants doivent concevoir des produits électroniques propres, à durée de vie plus longue, sans risques et faciles à recycler, qui n'exposeront pas les ouvriers et l'environnement à des substances chimiques dangereuses.

Du côté de la substitution : Les fabricants d'électronique doivent cesser d'utiliser des matières dangereuses. Dans de nombreux cas, il existe actuellement des alternatives moins risquées. D'ailleurs, au départ, certaines entreprises d'électroniques disaient qu'il était impossible de substituer certaines substances toxiques pour d'autres et lorsque la directive est entrée en vigueur, cela a forcé les entreprises à trouver des alternatives plus sûres.

Action citoyenne: Pour une informatique plus verte, lancez votre défi à l'industrie !

Plusieurs leaders de l'informatique se sont aujourd'hui engagés à éliminer certains ingrédients nocifs pour l'environnement et la santé de leurs produits. Mais pas avant la fin 2008 (Apple), voire 2009 (Dell, Lenovo, Acer). Ecrivez aux PDG de HP, Dell, Sony, Lenovo, Apple, Fujitsu Siemens, Acer, Toshiba, et invitez-les à faire de leur entreprise une pionnière de l'écoconception en commercialisant un ordinateur vierge des substances chimiques les plus préoccupantes. (http://write-a-letter.greenpeace.org/251)

Et pour la collecte : Ce n'est pas au contribuable de supporter le coût de recyclage des produits électriques usagés. Les fabricants doivent assumer l'entière responsabilité de leurs produits et, lorsque ceux-ci ont atteint la fin de leur vie utile, ils doivent les reprendre pour les éliminer, les réutiliser ou les recycler en toute sécurité.

Aujourd'hui quelques communes ou communauté de communes ont mis en place des systèmes de collecte mais seulement sur la base du volontariat. Le financement de ces collectes n'est pas encore complètement clair et il y a des réticences compréhensible quand à la mise en place de ces opérations.

Pour le particuliers le choix est simple : soit il arrive à faire reprendre son ancien matériel lors de l'achat d'un nouvel équipement soit il doit stocker son matériel !

Vraiment dépassé ? Avez-vous vraiment besoin de ce matériel ?

En théorie, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes capitalistes : les déchets ultrapolluants (plomb, mercure...) de nos vieux tubes cathodiques seraient désormais parfaitement recyclés. Et remplacés par des écrans plats, moins toxiques (sauf qu'il reste encore du plomb dans la plupart des plasma, du mercure ainsi que quelques composants cancérigènes dans les cristaux liquides).

Mais non ! Renseignement pris auprès du principal éco-organisme, Eco-systèmes, la technologie de recyclage des écrans plats n'existe toujours pas. « On les stocke, en attendant qu'un des programmes pilotes nous donne la solution. »

Alors faites comme eux ! Attendez un peu avant de craquer pour un écran plat ! Ne succombez pas aux sirènes de la consommation ... Et avant de vous jeter sur un nouvel équipement prétenduement plus performant posez vous la question de savoir quel est vraiment votre besoin ... Est-il nécessaire de disposer d'une machine de course pour aller sur Internet ?

Quand j'ai commencé à utiliser l'informatique les quelques chanceux qui en disposaient étaient des professionnels qui de par leur travail avait besoin de cet équipement ... En 10 ans on est passé d'une utilisation "élitiste" à une utilisation de masse ... Et encore 5 années sont passées et maintenant l'ordinateur est devenu un gadget qui permet de regarder la télévision, d'écouter de la musique, de "surfer" sur Internet en communiquant avec des milliers de personnes un peu partout dans le monde ... On peu même vivre virtuellement par le biais de sa machine ... Où cela s'arrêtera t'il ? L'ordinateur deviendra t'il un élément indispensable à vos loisirs ou restera t'il un outil de travail ???



Sources :

GREENPEACE (VIGITOX) - http://www.greenpeace.org/france/vigitox/

Basel Action Ntework (BAN)- http://www.ban.org/

Ateliers Cyberfreacks (Actus DEEE) - http://www.cyberfreacks.org/news/

Lionel

Auteur : Lionel

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Commentaires (2)

louise louise ·  16 octobre 2008, 13:47

Bonjour,
Je suis étudiante en école d'ingénieur aux Mines de Douai.
Je dois réaliser cette année une étude sur le recyclage informatique, et apres avoir lu votre article, je me demandais si vous pourriez m'envoyer des informations sur ce sujet si vous en avez plus, telles que les problemes que cela engendre dans l'environement, comment est recyclée chaque piece, etc...
J'ai du mal à trouver des informations très détaillées, d'où ma demande.
Je vous remercie.
Louise R.

laurent laurent ·  04 novembre 2008, 20:01

Nous sommes un association qui recycle les déchets informatiques, de manière propre, avec le concours de PME, d'associations, de communes partout en France.
Si vous avez des déchets informatiques, contactez nous : maexis.l@orange.fr
Merci

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